Allomusic a lancé aujourd'hui une nouvelle version de Jiwa.fm. Il n'est plus possible d'écouter la musique au titre mais uniquement à travers des webradios et smartradios.
Jiwa a traversé de nombreuses épreuves depuis 2010 : d'abord un dépôt de bilan en août suite à son incapacité à rentabiliser ses services et lancer son application mobile payante, suivi d'un rachat par Digiteka en novembre 2010 qui finira par abandonner le projet et le cédera très rapidement à Allomusic en juillet/août 2011, société déjà éditrice d'un site de streaming à la demande.
Six mois après ce rachat, les équipes d'Allomusic viennent de pousser la v3 de Jiwa (qui se sera fait longtemps attendre car annoncée pour le printemps 2011), version qui se rapproche d'ailleurs graphiquement et fonctionnellement du site Allomusic.com. Le logotype de Jiwa est ainsi griffé d'un Jiwa by Allomusic. On ne pourra pas leur reprocher cette cohérence graphique et la simplification d'une interface v2 que j'ai toujours trouvé trop « lourde » et un peu brouillonne.
Deux « produits » sont dorénavant disponibles :
Les webradios thématiques.
La smartradio paramétrable (selon le genre musical, l'artiste, l'année, la voix féminine/masculine, etc.).
Les playlists des anciens utilisateurs ne pourront être lues qu'à la condition de contenir plus de 3 heures d'écoute (chacune). On ne peut plus non plus en créer de nouvelles (ndla : elles seront bientôt de nouveau disponibles d'après Jiwa).
L'écoute d'un titre précis (via la recherche par mot-clé) est limitée à 30 secondes. Par contre il est possible d'écouter la smartradio d'un artiste ou d'un groupe (mais vous n'aurez pas accès aux seuls morceaux de l'artiste choisi). Il est enfin possible de cliquer sur le bouton de recommandation pour chaque titre ou écoute (symbolisé par un cœur) ce qui aura une incidence sur vos prochaines écoutes.
A noter qu'il n'est pas nécessaire d'être membre pour avoir accès à l'ensemble des fonctionnalités d'écoute de Jiwa, ce qui rend inutile l'inscription sur le site (puisque les playlists ont disparu ou sont quasi-inutilisables) à l'heure actuelle (les futures radios personnalisées et les playlists nécessiteront un compte, ndla).
Le modèle économique de nouveau Jiwa est relativement simple : à chaque 1er chargement d'une radio, smartradio ou changement de paramètre de cette dernière, une publicité vidéo de 25 secondes environ est jouée avec obligation de la visionner de bout en bout.
Nous sommes donc proches du modèle « inventé » par Beezik pour le téléchargement de musique, à savoir le spot vidéo garanti. Mais contrairement à celui-ci, la vidéo ne se joue pas en plein-écran et aucun mécanisme empêche l'internaute de changer d'onglet ou d'application.
La vidéo et les annonceurs sont apportés par la société StickyAdsTV, solution là encore très proche de celle de BeeAd.
On note aussi la présence de bandeaux publicitaires classiques poussés par différents programmes comme celui de DoubleClick, par exemple.
Un timide bandeau Allomusic est présent sur toutes les pages, créant un pont entre les deux services qui ne communiquaient pas vraiment entre eux jusqu'à présent.
Il est cependant dommage de ne pas exploiter plus en profondeur la synergie entre Jiwa (smartradio gratuite) et Allomusic (streaming à la demande, lire mon billet à ce sujet). Par exemple dans le listing des titres disponibles ou via les playlists en pensant Premium.
Une pop-up intempestive s'ouvrira aussi à la fin de la diffusion de la vidéo, vous proposant systématiquement de laisser un commentaire sur le mur de votre compte Facebook (sans rapport avec le titre ou la radio écouté).
Il sera intéressant de suivre l'évolution des statistiques de fréquentation des mois de janvier et février afin de voir l'impact positif ou négatif de cette nouvelle version sur l'audience de Jiwa qui a encore de nombreux fans sur la Toile, preuve de l'excellent travail fourni par l'équipe fondatrice du service.
Le fournisseur de solutions musicales « clé en main » et en marque blanche, Omnifone franchit aujourd'hui une nouvelle étape en lançant une offre en direct de streaming à la demande.
Omnifone n'est pas une marque connue du grand public car cette société anglaise opère dans le monde du B2B, c'est-à-dire des services aux entreprises. Omnifone est ainsi derrière l'offre de streaming d'un certain nombre d'acteurs de l'informatique ou de l'électronique : HP, Sony, RIM (avec l'application BlackBerry Music), etc. à travers son offre white labelMusicStation, véritable boite à outils de la musique numérique.
La société Omnifone vient de franchir une nouvelle étape en propulsant dans 16 pays, dont les États-Unis et la France, un nouveau service de streaming à la demande. Ce service s'appelle rara et ce lancement présente quelques caractéristiques qui méritent que l'on s'y intéresse.
De la marque blanche à la marque en propre
On imagine sans peine le savoir-faire technique et la connaissance du marché de la musique numérique accumulés par les équipes d'Omnifone à travers les différents partenariats et déploiements de solutions Web, applicatifs et mobiles pour le compte de ses clients.
Là où je pense personnellement que le marché B2B est bien plus intéressant que le B2C déjà (laborieusement) occupé par les Spotify ou Deezer, Omnifone procède en sens inverse : d'abord la marque blanche puis le lancement d'une marque en propre, rara.com.
Le discours de Rob Lewis est relativement simple : l'objectif est de séduire les 80% d'internautes ou possesseurs de smartphones qui n'ont pas encore cédé aux sirènes du streaming à la carte (et qui estiment que leur opérateur ne se goinfre pas déjà suffisamment tous les mois). Et pour ce faire, rara mise sur une large couverture géographique dès le lancement et sur une application Web et mobile (Android seulement pour l'instant, mais iOS a été annoncé) qui se veut plus graphique, ludique et simple d'utilisation.
HP devrait précharger (quoi donc d'ailleurs, une application ?) rara sur ses ordinateurs, faisant doublon avec l'offre conjointe déjà lancée sous l'étiquette MusicStation.
Une offre qui n'apporte rien de nouveau
Sans surprise, la grille tarifaire de rara.com n'est qu'un copier-coller de ce que propose la concurrence, grille dont on peut dire qu'elle est dictée par les quatre trois majors du disque. Pas d'innovation possible de ce côté-ci : 4,99 € pour la version Web et 9,99 € pour l'abonnement mobile.
Le lancement rapide semble avoir été facilité d'une part, par l'expérience d'Omnifone mais aussi par son modèle économique : en effet, exit le freemium cher à Spotify et Deezer : pour tester le produit, il faudra passer obligatoirement par la case abonnement. Mais rassurez-vous, les trois premiers mois seront facturés 0,99 € (1,99 €pour l'offre mobile). Cela suffira-t-il à ne pas laisser à la porte du site (mal traduit en français) les plus curieux ?
Rara affiche au compteur « plus de 10 millions de titres » et déjà une embrouille avec le distributeur Merlin, absent de cette sélection qui n'a pas manqué de critiquer le lancement de l'offre malgré l'absence de ses artistes.
Autant dire que l'interface graphique tant vantée par le chairman de Rara Media Group Ltd. aura intérêt à être à la hauteur (avec une bonne dose de Facebook pour ne pas contrevenir à la bulle mode actuelle).
Lancement global pour concurrence locale
Rara aura donc à affronter sur le terrain local des services de streaming à la carte plusieurs adversaires : Spotify tout d'abord, qui a certainement le plus d'arguments à opposer à la spin-off d'Omnifone, Deezer et sa béquille Orange qui fait de lui un acteur majeur sur le marché français, puis Qobuz sur le créneau de la « super-vraie-qualité-CD-tu-m'en-diras-des-nouvelles », l'offre d'Allomusic dont le système de zeeks est en train de se retourner contre elle et enfin le discret musicMe.
J'ouvre ici une petite parenthèse au sujet d'Allomusic : c'est le seul site dont le streaming « gratuit » n'est pas (encore) bridé, contrairement à ses deux grands concurrents. Encore un paradoxe de l'industrie du disque. Parenthèse close.
L'abandon du freemium a sans doute permis d'une part un lancement rapide à l'international, raccourcissant les négociations avec les ayants droit dont certains répugnent à regarder ce modèle pourtant proche de celui de la radio, et d'autre part de prendre un risque financier moindre. Un de mes fidèles lecteurs saura sans doute de quoi je veux parler.
Il est enfin intéressant de noter qu'on ne se lance plus dans le téléchargement payant mais uniquement dans le streaming : personne ne veut répliquer le modèle de l'iTunes Store, pas même Google comme le faisait très justement remarquer aujourd'hui un intervenant de l'émission On refait la musique sur Radio Neo (bien qu'ils y viennent enfin avec Android Market).
Le téléchargement est mort, le freemium aussi, vive l'abonnement, vive le streaming !
Je reprends aujourd'hui mon bâton de pèlerin du numérique afin d'effectuer une second comparatif d'achat de musique numérique (le précédent est ici). Ma recherche porte cette fois sur un double album de musiques de films.
L'album en question s'intitule Le Monde électronique de François de Roubaix. Il s'agit d'une compilation de bandes originales de films composées par le génial François de Roubaix. Ce double album de 39 titres (20 pour le premier CD, 19 pour le second) est relativement récent (2004 pour le volume I et 2006 pour le volume II). Il a été publié par Emarcy via Universal Music.
Amateur de musiques de films et de ce grand monsieur qui a marqué toute une époque (La Scoumoune, Le Vieux Fusils, Les Aventuriers) cette compilation fera bonne figure dans ma petite collection un peu trop anglophone à mon goût.
A la recherche de ce double album
La tâche qui me semblait simple s'est en réalité révélée plus laborieuse. En effet, seulement deux sites proposent le double album en téléchargement. Un grand nombre ne référence aucun des deux CD quand les autres ne proposent arbitrairement que le volume un ou deux.
Ensuite, comble du ridicule, il est quasiment plus intéressant d'acheter le double album sur CD audio (neuf) plutôt que de le télécharger !
Amazon : 9,99 € / MP3 256 Kbps (VBR)
Seul le premier volume est disponible en téléchargement numérique, vendu 9,99 €. Les deux albums sont pourtant bien disponibles au format CD chez ce même marchand, pour 12,68 € pièce (frais de ports offerts).
Pour seulement 2,69 € de plus par album (le deuxième opus n'étant pas disponible en numérique), vous aurez donc une qualité et un produit bien supérieur au format MP3 proposé (Amazon propose le plus mauvais format du marché). Il est possible d'acheter les CD neufs sur la Marketplace d'Amazon, ce qui fera descendre la dépense respectivement à 9,95 € et 10,18 €.
Amazon annonce 17 millions de morceaux en téléchargement.
iTunes Store
Apple ne propose aucun de ces deux albums parmi ses 20 millions de références annoncées. Ce qui met en lumière le côté totalement artificiel et trompeur de ce chiffre au demeurant impressionnant.
VirginMega : 9,99 € / MP3 320 Kbps (CBR)
Ce disquaire est le seul de ce comparatif à proposer à la vente le double album recherché dans un format respectable (du 320 Kbps en constant bit rate). A noter qu'une pop-up intempestive s'est (encore) manifestée afin de pousser un produit ou service de la marque, une habitude sur VirginMega.
Le spécialiste de la qualité ne référence qu'un seul des deux opus, le second en l’occurrence. Comme à son habitude, Qobuz le propose dans deux formats : à 9,99 € en MP3 320 Kbps (CBR) (c'est-à-dire le même format que VirginMega) et à 12,99 € en FLAC (l'équivalent numérique du CD audio, compression sans perte en plus).
Qobuz se révèle donc aussi cher que du « physique » à qualité d'écoute égale mais pour deux produits bien différents (licence vs CD audio).
Comme son camarade Qobuz, Starzik ne propose qu'un seul des deux albums, mais cette fois-ci le second ! Le prix reste inchangé - 9,99 € - mais vous aurez droit à de nombreux formats : MP3 (192 Kbps), FLAC, OGG, AAC, WMA (edit : tous encodés à partir d'une source en 192 Kbps dans un codec proche du MPEG 4 AAC+). Starzik se révèle donc moins cher que son précédent concurrent pour une qualité d'écoute numérique égale (lossless).
musicMe
Ces deux albums n'y sont pas référencés. Apparemment musicMe propose trois formats audio dans différents taux de compression. Le meilleur des trois ne semble cependant pas systématiquement disponible. musicMe dispose de 6,6 millions de titres.
7digital : 6,99 € / MP3 320 Kbps (CBR)
Aucun des deux albums n'est vendu chez nos amis anglais qui dispose pourtant 15 millions de titre.Edit : Le disquaire anglais référence bien le premier album et le propose même à 6,99 €. Il fallait deviner qu'en Albion François de Roubaix se dit François Roubaix. La recherche est donc déficiente. Contrairement à ce que j'avais précédemment constaté, 7digital ne propose pas d'AAC pour cet album.
La Fnac
L'enseigne référence les deux albums au format CD audio vendus 14 € pièce (le prix moyen d'un album CD) mais rien du côté du numérique. Elle a pourtant récemment déclaré mettre l'accent sur le numérique (avec seulement 6 petits millions de titres à son actif).
On peut cependant trouver les deux CD deux fois moins cher sur la Marketplace du marchand, copie de celui d'Amazon.
Ecompil
Vide absolu pour Ecompil. A noter que je me suis rendu sur le site français d'Universal Music par acquis de conscience. Ce dernier référence bien un des deux albums (le premier) et indique à tort et à renfort de liens qu'il est disponible sur Ecompil et iTunes Store...
Orange Music Store
Pas de trace non plus de François de Roubaix, hormis les albums habituellement disponibles pour ce compositeur et que l'on retrouve un peu partout : « Dernier Domicile Connu » Et Autres Films, Le Samouraï / Les Aventuriers et L'Homme Orchestre. Quand on connait la discographie de l'homme, ça fiche un peu le bourdon.
Beezik : 0 € / WMA (avec DRM) 192 Kbps
C'est un peu la surprise de ce comparatif et le deuxième site, avec VirginMega, à proposer les deux albums ! Pour peu qu'on prenne le temps de visionner 39 publicités (soit environ 15 minutes de spots publicitaires) et que l'on s’accommode des DRM, bien entendu.
Il est tout de même aberrant de constater qu'on trouve plus facilement ces deux albums de musique en téléchargement gratuit qu'en payant.
Conclusion
Cinq Six marchands référencent au moins un des deux albums que je souhaitais acheter. Il est plus facile de trouver le deuxième opus (4 sites le référencent) plutôt que le premier (3) sans vraiment savoir pourquoi.Edit : 7 digital vient rééquilibrer les choses : 4 partout.
Pour découvrir l’œuvre de François de Roubaix, rien de mieux que d'aller faire un tour sur YouTube puis d'acheter le double CD sur Amazon ou La Fnac (pour cette dernière on lui préférera sa Marketplace, mais attention aux frais de port). A moins que le CD ne soit pas lui-même protégé par des DRM contraires au dispositif de la copie privée, le rapport qualité-prix sera bien meilleur que toutes les offres numériques proposées.
Quant aux plus impatients ou avares, ils pourront toujours se faire une idée du talent du musicien en le téléchargeant légalement sur Beezik. Ce qui ne vous dispensera pas d'aller visiter son site personnel.
A noter que les albums brillent par leur absence sur le comparateur Hubluc.
Qui a dit que le CD ou le tout gratuit étaient morts ?
La start-up française Qobuz a annoncé hier le lancement de nouvelles offres d'abonnement en streaming qui viendront remplacer les formules actuelles et compléter son activité de téléchargement payant.
Une nouvelle grille de services
Qualifiée de « première mondiale », Qobuz a en effet lancé une offre de streaming sur mobiles Apple et Android au format FLAC 16 bits/44,1 kHz. En clair, l'abonné aura accès à un format audio sans perte (« lossless ») par rapport à une écoute sur CD quand d'autres proposent « seulement » du MP3 en 320 Kbps.
La société française reprend ainsi son cheval de bataille : privilégier et faire payer la qualité plutôt que la quantité et une expérience d'écoute de moindre qualité (la compression MP3 dégradant en effet le son). Ainsi sur Qobuz, le format dit lossless est proposé à un prix supérieur à son équivalent compressé. Il peut arrive qu'un album vendu dans ce format soit quasiment au même prix que son équivalent sur CD.
La nouvelle grille tarifaire, reprise de l'article publié par PC INpact, comprend trois niveaux de service :
Basic : streaming sur ordinateur uniquement – MP3 à 320 Kbps à 7 € par mois.
Premium : streaming sur ordinateur et mobile (Apple/Android) et « téléchargement illimité » sur Windows/Mac OS X au format MP3 320 Kbps pour 13 € par mois.
Haute-Fidélité : streaming sur ordinateur et mobile et « téléchargement illimité » sur Windows/Mac OS X en lossless (16 bits/44 kHz) à 29 € par mois.
L'avenir de la musique selon Qobuz
Sur son blog, Qobuz justifie ces nouveaux services et tarifs dans un argumentaire tenant en trois points :
Les abonnements streaming à 10 € par mois ne peuvent pas faire vivre la filière du disque. Il faut donc augmenter les tarifs afin de pérenniser ce mode de consommation de la musique. Ces tarifs sont pourtant en partie fixés par l'industrie du disque (tout au moins par les majors du disque). Je me rappelle les ambitions d'un Jiwa qui voulait justement « casser » ces prix jugés trop élevés.
La qualité audio proposée par la concurrence n'est pas suffisante et laisserait ainsi à la porte une grande partie des consommateurs, déçus par l'offre légale. L'adoption de ce mode d'accès à la musique pour une majorité de personnes doit, pour Qobuz, passer obligatoirement par une amélioration de la qualité d'écoute.
Il n'y aurait pas de vrai service de musique en ligne ; les acteurs du marché doivent donc se concentrer sur l'essentiel : la musique. Modèles économiques hasardeux, grandes surfaces ou publicité n'ont rien à faire avec la distribution numérique.
Les « abonnements haute-qualité à valeur ajoutée » sont la réponse à ces trois problématiques : prix, qualité, spécificité.
On ne fera pas de commentaire sur le ton très « qobuzien » de leur communiqué de presse que je vous laisse découvrir.
Du téléchargement « illimité » limité
Tordons déjà le cou à cette formule galvaudée mais toujours à la mode. Le téléchargement « illimité » proposé par Qobuz ne correspond ni plus ni moins qu'à la synchronisation hors ligne des offres Deezer ou Spotify Premium.
Vous n'aurez pas la possibilité de copier vos titres sur votre baladeur ou chaîne Hi-Fi équipée d'un disque dur ou d'une prise USB. L'écoute sera obligatoirement faite depuis un PC ou un Mac équipé du logiciel bientôt fourni par Qobuz. En clair, il s'agit de téléchargements avec DRM ce qui implique que les morceaux « téléchargés » verront leur licence révoquée en fin d'abonnement.
On comprend la tentation pour Qobuz de qualifier de « téléchargement illimité » cette nouvelle fonctionnalité, mais elle aura plutôt comme conséquence de troubler et frustrer le consommateur, comme l'indique déjà la réaction de certains.
Des choix stratégiques de Qobuz
Du streaming en lossless
Les opérateurs télécoms ne sont pas forcément favorables aux applications consommatrices de bande passante. Un article des Échos montre que la tarification, et donc la bande passante et le quota associé, varie fortement d'une offre à l'autre et selon les opérateurs.
L'ARCEP a aussi mis en lumière les différences en matière de couverture et qualité d'accès à la 3G : il y a une différence sensible entre les débits théoriques ou annoncés et la réalité sur le terrain. Pour ma part, depuis mon domicile parisien, mon BlackBerry capte très difficilement le signal 3G (opérateur SFR).
Comment donc se comportera le streaming en lossless, où un débit de 700 Kbps est nécessaire (12 Mo pour un morceau de 2min30, et quatre fois plus en 24 bits) sur une connexion mobile 3G dans des conditions réelles ? A cela on pourra rétorquer que le système de cache présent sur l'application mobile permet de télécharger les morceaux de sa playlist et les jouer même en cas d'absence de toute connexion réseau. Il faudra donc privilégier une connexion WiFi sous peine de voir votre quota mensuel fondre comme neige au soleil (une heure de musique FLAC équivaut à environ 250 à 400 Mo).
Quid aussi du respect de la neutralité du Net en matière de débits pour Orange qui pousse activement l'offre concurrente Deezer vers ses clients ?
Les mélomanes sur smartphones veulent-ils du lossless ?
J'ai toujours du mal à voir l'intérêt du lossless en streaming mobile : un smartphone n'est tout simplement pas la meilleure plateforme d'écoute pour qui accorde une grande importance à la qualité audio. La restitution de la musique sur mobile est souvent desservie par un mauvais chipset ou un casque de piètre qualité. Le mobile est un appareil souvent utilisé dans un environnement bruyant à l'instar du baladeur.
De plus, il est nécessaire de passer soit par son mobile (donc par un jack audio sur Android qui est loin d'être la panacée, ou AirPlay pour l'iPhone) soit par un PC/Mac (DRM oblige) via le Qobuz Desktop pour écouter ses morceaux sur une chaîne Hi-Fi, seule capable de correctement restituer une musique qualité CD. Or Qobuz s'adresse avant tout à la niche des amateurs avertis de musique à la recherche de qualité plutôt que d’exhaustivité. Il y a là, à mon sens, une petite contradiction.
Certes, Spotify ne propose qu'une partie de ses titres en MP3 320 Kbps, mais il affiche 15 millions de morceaux au compteur, soit deux fois plus que Qobuz (7,2 millions). Ce dernier botte en touche en arguant que le site opère de lui-même une « sélection » des artistes et albums à la manière d'un disquaire.
Pour autant, les goûts ne devraient pas se discuter. Le disquaire traditionnel avait avant tout à régler la problématique de ses stocks et rayonnages non extensibles, contraintes qui n'existent plus dans le numérique où la partie éditoriale d'un site comme Qobuz est justement là pour orienter le consommateur alors qu'il le laisse à la porte de son service, faute de lui offrir ce qu'il cherche. Certains genres brillent ainsi par leur absence comme les musiques de films.
Qobuz peut-il se permettre de tout sacrifier au nom de la qualité ?
Une tarification élevée
C'est à mon sens le point crucial de cette annonce. Les deux premières offres sont à peu de choses près équivalentes à ce que propose la concurrence incarnée par Deezer et Spotify, mais elles sont facturées ici 30 à 40% plus cher pour une profondeur de catalogue réduite de 47% (Deezer) à 54% (Spotify).
La véritable nouveauté et le fer de lance de Qobuz - qui mise ici tout sur le streaming payant, l'avenir de la musique selon la start-up - réside donc dans la dernière offre dite Haute-Fidélité. L'abonnement bondit à 29 € par mois (prix de lancement) qu'il est possible de réduire à un peu moins de 25 € en souscrivant à l'année.
Qobuz fait donc un double pari : celui que les consommateurs privilégient la qualité sur la quantité/profondeur de catalogue, et que cette qualité justifie un écart de prix de 30% à 40% à produit égal (streaming MP3 en 320 Kbps). Le streaming en qualité Hi-Fi a quant à lui peu de chance de trouver son public compte tenu de son prix prohibitif : 29 € par mois, soit l'équivalent de deux à trois albums CD, ce qui ne doit pas être loin de la consommation moyenne d'un amateur de musique.
Se tromper de cible et d'adversaire ?
Le raisonnement de Qobuz est certes louable mais ne correspond pas d'après moi aux réalités du marché qui n'a cessé de muter ces 10 dernières années. La qualité et le soutien à l'industrie du disque à travers des tarifs plus élevés ne sont pas des arguments à même de changer profondément et massivement les habitudes ou d'attirer les réfractaires au tout numérique, et encore moins les « pirates ».
Les études montrent d'une part que la qualité d'écoute en 320 Kbps sur les supports actuels est considérée comme largement suffisante pour le plus grand nombre. Le prix est ensuite un facteur clé. Il y avait déjà peu de différence entre le prix de vente d'un fichier compressé et son équivalent CD, cette différence disparaît avec le lossless pour un produit (le numérique) qui n'est pas perçu comme émotionnellement et qualitativement identique au Compact Disc.
La profondeur de catalogue est aussi un élément important : un des « avantages » essentiels du téléchargement « pirate » réside dans la richesse de son « offre » et dans la disponibilité de titres ou albums introuvables, car celle-ci s'affranchit de la lourdeur bien réelle des droits d'auteur. Pour acheter en ligne, il faut d'abord trouver ce que l'on cherche. Le client est ensuite fidélisé par la qualité du produit et des services associés, et enfin par les recommandations faites en fonction de ses achats, goûts ou de la ligne éditoriale du site.
Je pense enfin que Qobuz se trompe d'adversaire : les services comme Deezer (véritable bête noire de son P-Dg) et Spotify ne sont pas les vrais adversaires de la société (ni les « supermarchés » de la musique). Le véritable ennemi, c'est bien la contrefaçon qui a depuis longtemps versé dans le lossless.
Faire encore la distinction fin 2011 entre du téléchargement et du streaming et utiliser des DRM montre que la distribution numérique - et avec elle toute l'industrie du disque - a encore quelques années devant elle avant de véritablement proposer une alternative crédible, accessible et compétitive au téléchargement « pirate » et adaptée aux nouveaux modes de consommation de la musique.
Acheter de la musique sur le Web est devenu un acte extrêmement banal. Encore faut-il trouver son bonheur parmi les offres légales, affichant le beau label PURE de la Hadopi.
Je me suis donc mis en quête d'un morceau spécifique, la version « Radio Edit » du tube Spin Spin Sugar de Sneaker Pimps (du trip hop, ce détail aura son importance), dont le clip est disponible sur YouTube, bien sûr.
Cette version est très différente de celle présente sur l'album Becoming X, et elle a ma préférence.
J'ai mis à l'essai la fameuse offre légale qui bénéficiera très bientôt d'une deuxième couche de vernis brillant « carte musique (jeune) ». Voici la liste des solutions testées :
Soit 11 plateformes de téléchargement (payant ou gratuit financé par la pub).
Résultats...
Sur ces onze candidats, seulement 5 (soit 45%) référencent le titre. Sans surprise, ce sont les 5 plus gros sites de téléchargement du paysage français : Amazon, iTunes Store, VirginMega, 7digital et Fnac.com.
Aucun ne propose de lossless, c'est-à-dire de fichier audio non compressé. Le plus mauvais ratio est celui proposé par Amazon (MP3 256 Kbps), les meilleurs étant proposés par le trio Virgin/7digital/Fnac.
Voici dans le détail les résultats de ce test.
Amazon : 0,79 € / 6,05 Mo / MP3 256 Kbps (VBR)
Amazon est la seule boutique à proposer une page produit dédiée au titre et non pas le track-listing d'un album (ici généralement l'album Spin Spin Sugar EP, sauf pour la Fnac...). Une bonne initiative.
C'est aussi le moins cher de ce comparatif, mais, en admettant que l'AAC soit un meilleur format de compression que le MP3, c'est aussi lui qui propose le plus mauvais encodage.
Le format de compression n'est d'ailleurs pas indiqué directement sur la fiche mais dans une pop-up qui précise que l'encodage peut être aussi en VBR, mais généralement en 256 Kbps.
L'achat en « un clic » permet de télécharger le morceau quasi immédiatement, pour peu que vous ayez déjà un compte client Amazon.
Côté méta-données, on retrouve les informations basiques et le cover de l'album, en basse définition (voir un exemple).
iTunes Store : 0,99 € / 7,22 Mo / AAC 320 Kbps (VBR)
Bien que l'usine à gaz le logiciel iTunes Store soit censé faciliter l'achat de contenus numériques, force est de constater que ça n'a pas été le cas cette fois-ci : trois identifications ont été nécessaires, un rappel de l'expiration prochaine de ma carte bleue (alors que mon compte est largement provisionné - merci la carte « jeune » v1), énième validation des conditions générales et engagement de confidentialité (?) d'Apple...
Aucun format de fichier n'est précisé sur la fiche produit, ni ailleurs me semble-t-il. Celui-ci sera, après téléchargement, de l'AAC 256 Kbps (VBR, c'est-à-dire à débit variable).
Tout comme pour Amazon, le morceau est extrait de l'album Spin Spin Sugar EP. Le téléchargement via iTunes Store est sensiblement plus long qu'avec un navigateur classique.
Question méta-données, c'est un peu moins bien qu'avec Amazon, mais le cover de l'album est bien présent. Là où Amazon voyait un titre de Rock alternatif, iTunes nous indique qu'il s'agit d'électro...
Sur ce site, il a tout d'abord été impossible de trouver ce titre en effectuant une recherche sur le nom complet avec parenthèses. Ensuite, le morceau référencé ne fait pas mention de sa version Radio Edit, il faut donc écouter les deux homonymes pour trouver lequel est le bon. L'écoute est entravée par un trop grand nombre d'ouvertures de pop-ups.
Enfin, il faut 3 ou 4 clics pour trouver un début d'information sur le format audio, au-delà du fait qu'il s'agit de MP3, information qui ne sera même pas révélée dans l'aide après consultation. Il faut donc attendre l'achat et le téléchargement du fichier pour le découvrir (du 320 Kbps).
Manque de chance, le mot de passe de mon compte VirginMega n'étant plus le bon, il a fallu passer par la case réinitialisation. En réalité, le champ mot de passe dans la base de données du site ne peut contenir que 20 caractères quand je lui en avais soumis un de 32 caractères... sans que j'en sois averti.
Le site propose de mémoriser vos coordonnées bancaires afin de faciliter de futurs achats, tout comme pour Amazon. On aime ou on n'aime pas, mais c'est parfois bien pratique.
Le téléchargement peut se faire soit directement (donc en HTTP à travers son navigateur) soit via un download manager, solution que je n'ai pas testée (j'ai une sainte horreur de ces bestioles, ce que propose aussi... Amazon !).
Pas de (bonne) surprise au niveau des méta-données, si ce n'est le genre qui devient Rock indé (sic).
Qobuz
Le titre est indisponible sur Qobuz, qui il faut le rappeler, n'est pas une boutique généraliste mais a ses spécialités (le trip hop ne devant pas en faire partie). Dommage pour le lossless...
Starzik
Idem, titre non référencé sur Starzik chez qui j'avais effectué mon tout dernier achat de musique avant ce banc d'essai.
musicMe
Titre indisponible. Dommage aussi ! J'apprécie la grande qualité du site.
La page de paiement est très déroutante : on y trouve en effet des champs inhabituels, comme la saisie de la date d'émission de votre carte bleue (et sus de la date d'expiration), que j'ai bêtement commencé à remplir. A noter tout de même la possibilité de payer avec un compte PayPal.
7digital propose deux formats téléchargeables : MP3 en 320 Kbps et AAC (iPod) en 320 Kbps.
Rien à dire niveau méta-données, aussi pauvres que chez la concurrence. Le genre musical est identifié ici comme étant Alternatif.
Fnac.com : 0,99 € / 8,22 Mo / MP3 320 Kbps (CBR)
Tout comme sur VirginMega, le site de la Fnac a beaucoup de mal à me trouver le morceau recherché. Le moteur retourne en effet 80 109 résultats pour Spin Spin Sugar (Radio Edit) rien que ça ! Il est pourtant bien disponible, pour peu que l'on effectue une recherche portant sur le nom du groupe et non le titre.
Contrairement à tous les autres « disquaires » en ligne, la Fnac ne propose pas l'album Spin Spin Sugar EP mais 6 Underground Rewired.
Le format est ici précisé, en bas de fiche cependant : MP3 320 Kbps.
Une fois le règlement effectué, un gestionnaire de téléchargement est proposé ainsi qu'un téléchargement direct.
La Fnac est le vilain petit canard de ce comparatif question méta-données : nous n'aurons même pas droit à la pochette de l'album, tagué encore une fois musique alternative.
E-compil
Titre indisponible. Ce site est-il toujours en activité ?!
Beezik
Titre non disponible.
Orange Music Store
Sans trop de surprise, le morceau recherché n'est pas disponible. Il est cependant en écoute sur Deezer.
Conclusions
Le « vieux » format MP3 est roi, sauf chez Apple et 7digital pour des raisons commerciales.
Notons que l'utilisation du comparateur de prix Hubluc.com nous aurait sans doute un peu aidé, mais il s'est montré incapable de comparer les titres disponibles et non pas les albums. Impossible donc de faire un choix sans visiter chaque site retenu.
Finalement, la qualité audio est sensiblement la même quel que soit le site retenu, et même un peu en deçà pour Amazon mais le site se rattrape au niveau prix. Le consommateur ne dispose donc pas d'une offre très différenciée : même prix, même qualité audio, même (absence de) méta-données.
A produit identique*, et donc sans surprise, la différence ne peut se faire qu'à travers les services offerts : qualité du référencement du site, disponibilité du morceau (profondeur du catalogue : merci la longue traîne), facilité de recherche, pré-écoute, processus d'achat et de téléchargement sans accrocs, possibilité de télécharger (voire de stocker) son morceau ultérieurement depuis le site, etc.
Sans parler des méta-données, grande absente et véritable régression entre le « physique » et le numérique, après la qualité audio : photographies, paroles, biographie, goodies, etc. passent à la trappe.
(* La qualité d'un fichier encodé dépend bien entendu de la source, du codec, de l'encodeur, du taux de compression, etc. et peut énormément varier d'un site à un autre sans qu'il soit possible d'en vérifier les paramètres au moment de l'achat.)
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