Les Sept Samouraïs
Par Guillaume le mardi 17 août 2010, 16:23 - J'y étais - Lien permanent
Le 12 avril 2001, mon complice Karim et moi-même décidâmes, tous désœuvrés que nous étions suite au dépôt de bilan de notre start-up et armés de la nouvelle carte UGC Illimitée, de nous lancer un nouveau défi des temps modernes : passer une journée entière au cinéma. Gratuitement.
Voir la vie en rose ? Quel intérêt quant on peut la voir en 24 images par seconde, profondément assis dans un fauteuil, le tout plongé dans l'obscurité ?
Que restait-il à Lindbergh, Armstrong, Daboville, après leurs exploits respectifs ? L'envie de recommencer ? Absolument pas ! Des images plein la tête, voilà ce qui devait les hanter. Ce n'est pas Ring qui nous laissera une trace indélébile, mais je garde encore en moi le souvenir des fantômes japonais. Voici donc pour vous le récit de cette folle journée, où vos deux serviteurs ont franchi les limites de la carte UGC Illimité (et du tolérable).
Jeudi 12 avril 2001, 10h10... Ring
La journée s'annonce plutôt bien : le soleil est là pour saluer notre nouvelle fantaisie. La faune de l'UGC à cette heure matinale est essentiellement composée de désœuvrés : étudiants, chômeurs (vous nous aurez reconnus), retraités. Quelques mères avec leurs enfants. Karim sort la fameuse liste de sa poche : 6 films, tous inédits (règle n°1 du Maxtuple Club). Dans mon sac, du Doliprane, deux bouteilles d'eau, des Mikado... de quoi tenir entre les séances. Le premier film sera Ring, film fantastique Japonais. La note : **/**** Bien, mais pas top. Pour l'instant, ça nous semble facile.
12h25... De l'Amour
Après une pose socio/philo allongés dans les couloirs du ciné, bien réveillés et avec la touchante naïveté des héros n'ayant pas encore réalisé à quel point il serait difficile de tenir les 6 films... mais bon, sur le coup, eux, y savent pas, vous si. Reprenons. De l'Amour donc, toujours, avec Virginie Ledoyen dans un mélo franchouillard pas très bien interprété. Passable donc. **/**** Mais qui a dit que ce Sextuple serait facile ??? Certainement pas les films à l'affiche. Il fait faim, mangeons !
14h25... Voyance et manigance
Nous avons déjà franchi l'étape critique du double (prononcer : deubeul). Dès lors, nous avançons en terrain inconnu où tout est à ré-apprendre. Ring + De l'amour = trop dur pour nos petits cerveaux DONC maintenant, on passe à l'artillerie légère : de l'humour et des histoires simples. Par ici Dieudonné. Toujours **/****, ben oui ! Plus on avance, et plus la critique est acérée. Le critique, lui, souffle, peine, se rend bien compte que si personne n'est inscrit au Maxtuple Club, c'est qu'il y a une bonne raison à cela. L'épreuve est avant tout physique. Mais l'énergie et la motivation sont là. Et une idée diabolique nous traverse l'esprit. En faisant sauter un film du programme, Intimité (qu'on ne massacrera donc pas), il nous est possible de voir 7 films !!!!! Il faut donc faire TRÈS simple ! Après un petit break d'oxygène Cours St-Emilion, direction...
16h20... Yamakasi
Encore plus simple (**/****). Et là, la formule marche. Ça saute dans tous les sens, ça dégouline de bons sentiments, on s'enfonce encore plus dans nos fauteuils, on regarde d'un œil pendant que l'autre se repose, bref, le film passe bien. Et quel public : le film raconte l'histoire d'un gamin qui mange le bitume après avoir imité ses idoles Yamakasi, grimpeurs urbains. Tous les gamins de la salle on trouvé bon, à la fin du film, de sauter dans tous les sens, d'escalader les rambardes, sauter sur mon fauteuil avec moi encore assis tranquillement dedans (...). Évacuation d'urgence. Tous les voyants sont au rouge : ne pas arrêter la sérié dégradation QI. Plus qu'une seule solution :
18h25... L'erreur, heu... La Tour Montparnasse infernale
Prenez un film, vous lui enlevez ses acteurs, son scenario, sa musique, sa sensibilité artistique, son public, et vous obtenez Eric et machin sur une tour, les deux tombent, qui les a poussé ? MOI MOI MOI MOI MOI !!! Tout fonctionnait pour le mieux dans notre entreprise héroïque, mais comme la tempête frappe le navigateur, la Tour Montparnasse infernale émousse sérieusement notre moral (d'acier, je le rappelle). Laissant derrière-nous quelques neurones dans la salle (merci de nous les retourner), nous nous dirigeons vers notre douche salvatrice.
20h35... Mademoiselle
Il fait nuit. L'UGC ressemble à un grand hall de gare. Et nous deux voyageurs en salles obscures. La fièvre et la fatigue nous font délirer. Tel le perchiste devant la barre des 6 mètres remettant en question ses forces et sa détermination, nous mesurons l'ampleur des dégâts, de notre bêtise, des navets projetés, et surtout notre anonymat total. Peu importe, le film (***/****) nous sauve du gouffre, et nous franchissons la barre des 6 films. Merci Mademoiselle, pour vos nombreux messages.
22h20... Miss Détective
Arggg... On traîne des pieds, avachis dans nos fauteuils (12 heures que l'on se côtoie !!), mais le savoir-faire Américain nous sauvera ; facile à digérer, bon choix pour un ultime film...
Nous sommes maintenant le 13 avril, nos deux héros anonymes sortent définitivement du complexe qui les a absorbés 14 heures durant. Sans même se retourner, ils se dirigent maintenant vers la lumière du métro 14 (Aïe aïe aïe ! La lumière). Que reste-il de cette journée ? Un très, très long métrage, l'histoire d'un fantôme japonais voyant extra-lucide de son état, qui tombe amoureux d'une jeune de banlieue croisée au Derviche sauteur, au 50e étage de la tour Montparnasse (au pied de laquelle, je vous le rappelle, se trouve les cadavres écrasés d'Eric et machin cf. plus haut), et apprend que mademoiselle est détective. Après, je sais plus. J'ai bien dormi, n'ai pas fait un seul rêve, et regarde maintenant les moutons blancs dans le ciel de Paris. C'est beau, la vie en technicolor, non ?
Et lorsque ces images disparaîtront, que restera-t-il ? Quelle preuve subsistera ? Sept petits tickets de cinéma, perdus au fond d'une boîte...



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