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jeudi 15 mars 2012

La musique numérique à l'heure de l'achat groupé (ou presque)

Logotype RainbowTunes.com

Le phénomène Groupon n'aura sans doute échappé à personne, tant il a été médiatisé, analysé, copié et finalement décrié dans les médias. Deux start-ups françaises ont récemment décidé de l'adapter à la musique téléchargeable : RainbowTunes et MP3TopDeals.

Petit rappel du modèle économique du téléchargement

Avant d'aborder le tout nouveau modèle de l'achat groupé de MP3, intéressons-nous d'abord à celui plus traditionnel (bien qu'encore jeune) de la vente au titre ou d'albums.

Il faut savoir que le prix de gros HT d'un album ou d'un titre MP3 tel que vendu sur catalogue par les majors, agrégateurs ou maisons de disque est généralement identique à son prix de vente TTC, marge du distributeur incluse. Par exemple, une nouveauté sera vendue 1,29 € HT prix catalogue avant remises, quand la plateforme de distribution aura ensuite à le proposer à 0,99 € TTC pour ne pas voir sa clientèle filer tout droit à la concurrence.

Comment donc proposer des tarifs compétitifs dans un marché excessivement fermé ? En jouant sur les volumes : plus vous achèterez (et vendrez...) de titres, plus les remises concédées par vos fournisseurs seront importantes. Faisant donc baisser le prix de gros HT. A cela s'ajoute tout de même d'autres taxes comme celles de la SACEM, la TVA (qui va bientôt augmenter...), la marge du distributeur qui doit bien vivre d'autre chose que de son amour de la musique, etc.

Les très faibles marges réalisées expliquent ainsi les montages fiscaux complexes mis en place par Apple, Amazon ou encore Spotify afin d'augmenter la profitabilité en réduisant le prix de la « matière première » (puisqu'il est impossible d'augmenter le prix de vente, sauf à proposer un produit unique, ce qui est d'ailleurs le positionnement de Qobuz).

Les marges sont meilleures avec les ventes d'albums mais quand on sait que la vente de titres représente 80% des téléchargements sur les plateformes légales en France (sources : SNEP), on se pose des questions sur la viabilité du modèle économique mis en place par les maisons de disque. Je doute donc que vous trouviez sur le sol français un distributeur de musique numérique qui ait déjà passé le cap de la rentabilité. :-(

L'achat groupé de musique

La France a de particulier le fait d'être une terre propice aux modèles économiques novateurs, originaux voire étranges en matière de musique numérique.

Il y a eu Beezik qui a très vite trouvé son public et s'est vu récemment racheté par le groupe Ebuzzing, Moozar, Airtist, Hubluc ou Mioozic, aujourd'hui nous accueillons RainbowTunes et MP3TopDeals qui s'attaquent tous deux au modèle de l'achat groupé et par conséquent au problème du prix et des marges du téléchargement numérique.

logotwitter_reasonably_small.pngRainbowTunes.com n'est pour l'instant pas encore ouvert au public et il est malheureusement possible qu'il n'ouvre jamais ses portes, le projet affichant un « lancement du site prochainement » depuis plusieurs mois. Les comptes Twitter et Facebook ne donnent d'ailleurs plus signe de vie depuis fin janvier.

D'après le billet de NeoSting.net, le site doit proposer des fichiers MP3 en 320 Kbps affichant parfois une réduction de l'ordre de 70%. La vente par lots ne concernera pas seulement la musique mainstream mais devrait aussi s'ouvrir aux artistes indépendants qui ne sont pas forcément à l'honneur sur les plateformes de téléchargement classiques.

Des offres spéciales ou des inédits seront aussi au programme (le billet évoque deux albums + un live inédit de Vampire Weekend pour 9 €). De trois à quatre ventes devraient avoir lieu par semaine. Enfin, il est question d'un lancement d'applications pour smartphones sans plus de précisions sur ce qu'elles apporteront au modèle.

Logotype MP3TopDealsMP3TopDeals est quant à lui bien vivant et a lancé - sauf erreur - sa première offre début février (la société a été créée en décembre 2011).

La mécanique est proche en apparence de celle des Daily Deals inventés par Groupon, à savoir la mise en ligne doublée d'un envoi par e-mail d'une nouvelle offre à un rythme quasi quotidien. L'offre n'est pas limitée dans le temps (malgré la présence d'un compteur...) et n'a pas non plus de seuil minimal ou maximal d'acheteurs.

L'offre est assez variée puisqu'il peut s'agir de musique traditionnelle des Andes, de country, de tubes des années 90, etc. A l'heure où j'écris ce billet, 5 génériques de série TV sont proposés à 1,18 €. Aucune indication n'est donnée sur à la qualité du fichier audio (on suppose qu'il s'agit à chaque fois de MP3...). Il vous faudra donc les acheter afin d'en découvrir le format.

Capture d'écran du site MP3TopDeals

Hélas, afin de bénéficier de tarifs aussi attractifs, n'espérez pas télécharger des originaux. Et c'est là que le modèle adopté par MP3TopDeals montre ses limites : il s'agira généralement de reprises de morceaux connus.

Cela vous rappellera peut-être l'âge d'or des compilations douteuses des années 90 : ces albums censés contenir des musiques de films ou des tubes disco qui n'étaient que d'horribles reprises exécutées au synthétiseur. La grande époque de la musique vendue dans les hypermarchés ! :-)

La formule est ici un peu la même. On ne joue donc pas sur le volume mais sur les droits d'auteur des morceaux commercialisés, contrairement à ce que pourrait laisser supposer le modèle de l'achat groupé.

Un RainbowTunes pas encore lancé, peut-être mort-né et un MP3TopDeals qui ne proposerait que des reprises, on se demande si le « modèle Groupon » (voir mon billet sur le sujet) peut être véritablement adapté à un produit numérique au coût marginal quasi nul et aux marges aussi faibles ?

MAJ au 23 mars : j'ai pris contact par e-mail avec Étienne Vicard de la société Souple, propriétaire du nom de domaine rainbowtunes.com mais je n'ai là non plus pas obtenu de réponse, ce qui ne présage rien de bon pour la suite de ce projet.

dimanche 19 juin 2011

Groupon-Mania : quand Internet bégaye

google-offers-640.jpg

En matière de modèles originaux de vente sur Internet, le Web a connu plusieurs modes, parfois durables, souvent éphémères, depuis qu'Amazon a jeté les bases du e-commerce.

De la vente aux enchères aux « bons plans »

Il y eu tout d'abord l'engouement pour la vente aux enchères à la fin des années 90 : sur le sol français, on ne comptait plus les projets (Eurobid, iBazar, Aucland, Ontatoo, Evatek bien sûr ;-) ) dont il ne reste aujourd'hui pratiquement rien, hors eBay.

Juste derrière ce phénomène, la très fulgurante bulle de l'achat groupé emportée par Clust.com, qui n'est bien sûr pas sans rappeler le modèle Groupon.

Suivirent les shop-bots (dont Le Négociateur créé par mes camarades et amis de l'IIM) ou comparateurs de prix qui se comptaient alors eux aussi par dizaine. Modèle plus pertinent et essentiel face à la profusion d'offres et de produits, le modèle perdure à travers de nombreux représentants.

Plus tard, et pour une fois venue de France, la mode de la « vente privée » a littéralement explosé et les clones du modèle original vente-privee.com ont fait leur apparition en masse, là encore avec plus ou moins de bonheur (voir par exemple ces billets sur 24heures.fr ou encore Wantuno).

Tous ces modèles originaux ont connu la même évolution : d'abord l'émergence d'un précurseur, souvent Nord-américain, suivie d'une éruption de concurrents (plus problématique au début des années 2000 où un site devait sortir de ses frontières pour réussir et atteindre une certaine masse critique) directs ou sectoriels (niches). Ensuite l'écrémage et la contraction du marché autour d'une poignée d'acteurs, voire d'un seul, et parfois la disparition quasi-totale du concept (comme l'achat groupé ou le troc) suite à l'écroulement de la demande (la demande est souvent artificielle : stimulée par un « effet de mode », le bouche-à-oreille, des tarifs excessivement bradés, un marketing agressif, etc.).

La folie du modèle Groupon

Vous me voyez certainement venir avec cette longue introduction : j'ai le sentiment que nous sommes de nouveau au pic du développement de la vente de coupons de réduction selon Groupon. Et « pic » est un euphémisme quand on regarde de plus près ce marché.

Le lancement de LivingSocial en France (ou plus exactement à Paris) il y a quelques jours n'est que le dernier épisode d'une longue mais jeune saga (Groupon n'a que deux ans d'existence).

On ne compte donc plus le nombre de copycat du modèle original et ceux qui en vivent comme les agrégateurs. Nous y retrouvons d'ailleurs 3 Big Four : Google, Facebook et Amazon.

Mais amusons-nous à en dresser une liste - que j'espère exhaustive - pour le seul marché français. :-)

A cela il faut ajouter les agrégateurs de deals.

Comment expliquer cet engouement ?

Plusieurs facteurs ont fait du « modèle » Groupon un candidat idéal à la copie :

  1. L'absence de barrières technologiques à l'entrée : la mise en place d'un tel service est extrêmement simple d'un point de vue technique.
  2. Un abondant vivier de petits commerces, qui plus est trop souvent délaissés par les acteurs du e-commerce.
  3. L'extraordinaire croissance de Groupon qui fait des envieux (pour ne pas dire aveugle) ; sa « valorisation » aussi (20 milliards de dollars).
  4. Les limites conceptuelles du modèle (1 ou 2 deals par jour et par ville) qui offrent des espaces à la concurrence.

En ce qui me concerne, je doute de la viabilité du modèle. D'une part, on ne fidélise pas un client en bradant ses services à 50% ou plus. Les amateurs de deals auront plutôt tendance à courir la bonne affaire plutôt que de revenir chez un commerçant.

Et les commerçants eux-mêmes finiront par s'en lasser. Outre la grogne de ces derniers vis-à-vis des conditions imposées par le leader du marché ou de résultats parfois décevants, il suffit de voir leur attitude face à un modèle similaire (et quelque part précurseur de la folie Groupon) déjà bien implanté : Smartbox.

Les « clients Smartbox » sont généralement considérés comme des clients de seconde zone. Les prestations sont souvent vite expédiées afin de limiter les pertes de chiffre d'affaires. Et il en va de même pour Groupon et ses clones...

Moralité ? Il n'y a pas de « miracle Internet » : tout se paye, aussi bien un service que l'acquisition de clients.

samedi 18 septembre 2010

Ce que l'on ressent lors d'un achat

When you buy something cheap and bad, the best you’re going to feel about it is when you buy it. When you buy something expensive and good, the worst you’re going to feel about it is when you buy it.

Sasha Aickin, in Groupon’s Success Disaster, à propos du phénomène Groupon.com et de ses effets indésirables sur le commerce.