Vialet Point Org

Blog personnel de Guillaume Vialet : Web, e-mailing, personal data, musique numérique...

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Le créateur de ZéroThune nous parle de son projet

Yves Sassi, créateur et directeur général du site ZeroThune.com, a bien voulu répondre à mes questions. Voici donc son interview, quelques mois seulement après le lancement public du site de téléchargement de musique gratuite. Les mises en avant, les liens, commentaires, sont de mon fait. Enfin, je dois rappeler que j'ai travaillé sur ce projet de 2009 à 2011.

Logo de ZéroThune - copyright Urban Musique

Yves Sassi, pourriez-vous vous présenter brièvement ?

Après une longue carrière dans le monde des réseaux de franchise, j'ai créé en 1997 l'Observatoire de la Franchise. Il est devenu le leader des sites dédiés à la franchise. Nous l'avons cédé en 2008 au groupe Reed Exposition (ndla : pour un montant non communiqué).

En 2006 j'ai également créé le Site des marques avec Alain Guyard, société que nous développons toujours.

ZéroThune, en quelques mots, qu'est-ce que c'est ?

ZeroThune a été lancé cet été après une très longue période de développement et de tests (ndla : près de 5 ans).

Mon associé Philippe Macaire et moi avons décidé de lancer l'activité parce que nous tenions tous les deux à créer un site de téléchargement de musique légal qui permettrait aux internautes de trouver sur un même site une très vaste bibliothèque d'information sur la musique (biographie des artistes, discographie, informations quotidiennes sur les nouveautés, les spectacles...). L'internaute peut acheter sa musique sans DRM ou la télécharger à prix réduit ou gratuitement en échange d'informations sur son profil de consommateur (voir ce billet sur le fonctionnement détaillé du site, ndla).

Passionnés de musique, notre objectif est naturellement de créer une entreprise rentable, mais également de participer à la lutte contre le téléchargement illégal qui est une plaie pour le monde des musiciens.

Comment vous est venue l'idée de ZéroThune ?

L'idée m'est venue il y a environ quatre ans en voyant que les sites de téléchargement légaux n'arrivaient pas à équilibrer leur compte alors que le téléchargement illégal faisait des dégâts dans le monde de la musique (ndla : ils n'y arrivent toujours pas : Fnacmusic.com passera sous bannière Apple le 1er janvier 2013).

Et puis j'avais envie de trouver sur le Net un site qui réunisse toutes les informations disponibles sur le monde de la musique. C'est certainement trop ambitieux, mais : « Ceux qui sont assez fous pour penser qu'ils peuvent changer le monde sont ceux qui y parviennent » dit le proverbe... Avec l'aide des internautes, nous pourrions y parvenir. :)

Qui est derrière ZéroThune ? Combien de personnes travaillent sur ce projet ? Quels sont vos partenaires et fournisseurs ?

Nous sommes une très petite équipe. Mon associé et moi-même ainsi qu'un informaticien. Par ailleurs, nous sommes associés à une entreprise spécialisée dans la vente à distance sur le Web, ce qui nous est naturellement très utile.

Quant à nos partenaires, outre WellPack (ndla : voir ce dernier billet au sujet de cette société, dont un des fondateurs est aussi directeur général de la société éditrice de ZéroThune), il y a 7Digital et Music Story, pour les principaux.

Que pensez-vous de l'industrie du disque, ses difficultés face au piratage et des initiatives comme la Hadopi ?

L'industrie du disque remplit son rôle en diffusant la musique des artistes et en faisant leur promotion. Elle n'est nullement le gendarme comme certains le laissent croire. Si les internautes préfèrent télécharger illégalement, les majors n'y sont pour rien. Le Web est un espace où les gentils comme les méchants agissent en développant des outils de communication pour défendre leur morale ou leur immoralité. Plus nous serons nombreux à proposer des solutions légales pour défendre les artistes et les internautes, plus le marché se régulera.

Hadopi ne répond pas à la question posée. Le problème n'est pas de savoir comment empêcher les jeunes de télécharger illégalement. La question est de savoir quelle offre doit-on proposer pour que les habitudes prises sur internet restent dans la légalité. On ne changera pas l'état d'esprit des jeunes en les menaçant. Les internautes sont malins, passionnés. Ils s'amusent à trouver des parades, des idées nouvelles.

Au lieu de créer une « Institution » chargée de surveiller internet (et à quel prix), il aurait été plus efficace de réunir quelques jeunes informaticiens et leur demander de résoudre le problème. Ils auraient certainement trouvé une parade du type ZeroThune. Mais les gouvernements sont plus enclins à créer des lois, des taxes plutôt que de développer des Silicon Valley.

D'ailleurs, allez-vous faire labelliser ZéroThune (label PUR) ?

Nous sommes en cours de demande.

Que propose aujourd'hui ZéroThune aux sociétés qui souhaitent diffuser de la publicité sur votre site ?

Nous proposons aux marques d'offrir de la musique à leurs prospects et à leurs clients pour les fidéliser et apporter autre chose que des tarifs « exceptionnels », des braderies, des soldes. Il faut que les entreprises se rapprochent de leurs clients, comprennent ce dont ils ont réellement besoin. Les internautes ne sont pas dupes, ils savent que les promotions et autres offres ne sont faites que pour appâter le chaland. Nous leur proposons un principe qui apporte de la vraie valeur ajoutée.

Trois mois après son ouverture au public, quels sont les chiffres que vous pouvez communiquer autour de cette bêta (nombre d'inscrits, visiteurs, nombre de téléchargements, catalogue, etc.) ?

Les chiffres que nous pourrions communiquer feront sourire les grands spécialistes d'Internet. Quand j'ai créé l'Observatoire de la Franchise, un grand patron m'a dit : « Laisse tomber internet, tu vas perdre tout l'argent que tu as gagné ». Si aujourd'hui j'investis dans cette nouvelle entreprise c'est parce que je l'aime bien, parce que je crois dans son avenir, parce que comme chaque fois que je me suis lancé, j'ai démarré doucement, étape par étape, en jaugeant les premiers résultats.

Nous avons des taux de conversion qui dépassent nos espérances. L'internaute reste très longtemps sur le site (environ 3 minutes en moyenne, ndla), visite la page « Qui sommes-nous », s'inscrit, rempli des formulaires, télécharge ses premiers morceaux. C'est très encourageant. Certains râlent parce qu'ils n'ont pas assez de « Thunes » (ndla : la monnaie virtuelle du site) pour télécharger gratuitement, parce que nous n'avons pas tous les artistes, tous les albums... (Ndla : le site affiche 10 millions de titres mais le catalogue serait bien moins important en réalité.)

Ce sont de bonnes raisons pour continuer, améliorer, nous battre avec nos partenaires pour que chacun fasse avancer le projet pas à pas.

Quelles sont les différences entre ZéroThune et Beezik, qui propose aussi du téléchargement de musique gratuite ?

Je ne fais pas de comparaison entre ZeroThune et les autres sites qui proposent de la musique en ligne. Nous avons un business model qui est différent d'une part et une structure d'entreprise qui n'est pas comparable (ndla : la société ne compterait aucun salarié).

Nous arrivons sur un secteur qui est en crise. Peu de sociétés gagnent de l'argent, beaucoup en perde (ndla : Beezik avait annoncé leur rentabilité avant de se faire racheter par Ebuzzing). Nos charges sont limitées, ce qui nous permet de nous développer. Nous ne sommes pas réellement en concurrence, en tout cas, pas pour le moment. Et si nous pouvons trouver des partenariats avec ces entreprises, nous le ferons.

De plus en plus de sites de distribution de musique ferment (Allomusic, Jiwa, Airtist,FnacMusic) faute de clients ou de modèle économique viable. Qu'avez-vous à répondre à cette situation ?

Si des entreprises du secteur ferment et ce depuis une dizaine d'années, c'est parce que les sommes investies au démarrage ne sont pas cohérentes avec le business model. Ou qu'elles n'ont pas encore trouvé leur marché réel. Nous avançons doucement parce que nous ne voulons pas nous tromper. Et si nous ne nous sommes pas rapprochés de groupes financiers, c'est parce que nous ne voulons pas prendre les mêmes risques. Notre business model est différent. Je ne tiens pas à préciser en quoi (ndla : impossible de savoir ce que propose concrètement ZeroThune). Les marques qui vont bientôt apparaitre sur le site ont choisi de tenter l'aventure parce qu'elles sont convaincues de notre modèle.

Le Web « social » et la connectivité mobile (smartphones, tablettes) prennent de plus en plus d'importance. Comment ZéroThune se positionne-t-il face à ces deux bouleversements ?

Facebook, Twitter font partie des outils que nous avons mis en place et sur lesquels nous commençons à travailler (ndla : seul le compte Facebook est actif). Quant aux smartphones et autres tablettes, nous les développerons quand la première phase sera équilibrée. Mais j'ai déjà quelques projets sur le sujet.

Quels sont vos concurrents ou vos modèles sur le secteur du B2B (publicité et e-marketing direct) ?

Je serais tenté de faire une pirouette pour vous répondre. Il y a une infinité de sociétés qui travaillent sur la création de bases de données de consommateurs et leur commercialisation.

Notre différence réside dans le fait que nous proposons des bases hyper ciblées et nous nous appuyons sur un outil à fort contenu qui concerne tous les publics, toutes les tranches d'âge.

Quelles sont les grandes étapes à venir pour ZéroThune ?

La première étape est de stabiliser l'exploitation. Les premières campagnes que nous avons lancées promettent un équilibre financier d'ici la fin de l'année. Ensuite, nous passerons à une phase plus active de recherche de partenaires commerciaux.

L'idée est de satisfaire immédiatement les clients en leur proposant des outils de recherche de prospects efficaces. Nous avons développé un outil très haut de gamme qui porte déjà ses fruits.

Avez-vous prévu de lever des fonds ? Si oui, quelle somme cherchez-vous ?

Lever des fonds n'est pas une fin en soi. Que ferions nous de grands capitaux ? De la publicité sur tous les médias, promettre à nos financiers 20 % de marge en un ou deux ans ? Nous chercherons des partenaires quand nous serons en position de force, quand la structure sera saine, quand nous déciderons de financer des projets d'envergure (international, téléphonie) ou quand nous choisirons de proposer d'autres produits que la musique pour booster les ventes de nos clients.

Pour l'instant, nous finançons l'entreprise et la développons avec nos propres moyens.

Quels sites fréquentez-vous en matière de musique (écoute, téléchargement, actualité, etc.) ?

Je suis un fan de iTunes ! Quant à l'actualité musicale, je suis abonné aux infos de mes artistes favoris, je cherche sur Wikipédia, dans les magazines spécialisés... et depuis quelques semaines, je lis les actualités de ZeroThune.

Quels sont vos projets actuels ou futurs (en dehors de ZéroThune) ?

ZeroThune prend beaucoup d'énergie... Mais je publie deux nouveaux romans au début de l'année prochaine.

Enfin, êtes-vous un « geonpi » ?

Oui, je suis un geonpi. Le monde de l'entreprise est le seul outil de création de valeur. Les entrepreneurs se battent tous les jours pour innover, trouver de nouveaux marchés, fidéliser et servir leurs clients. Les banques, les administrations ne font que compliquer la gestion d'une entreprise. Les gouvernements gèrent les comptes publiques à coup de taxes, de boucliers fiscaux éphémères. Jamais ils ne proposent des outils à valeur ajoutée. C'est tout le dilemme entre le privé et le public.

Merci à Yves d'avoir pris le temps de rédiger les réponses à mes questions. Le projet ZéroThune devrait donc connaître des évolutions d'ici la fin de l'année. Pour l'instant, les membres se connectant sur le site au moins une fois par semaine voient leur compte crédité de 34 thunes (soit 1/3 de morceau). Aucune publicité ou aucun e-mail n'ont encore été poussés.

Guillaume

Auteur : Guillaume

Restez au courant de l'actualité et abonnez-vous au Flux RSS de cette catégorie

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

Soyez le premier à réagir sur cet article

Ajouter un commentaire Fil des commentaires de ce billet

aucune annexe



À voir également

Fnac Jukebox, tous droits réservés

Fnac Jukebox, nouvelle offre de streaming audio

Après avoir cédé depuis plus d'un an à Apple le soin de proposer du téléchargement de musique à ses clients, la Fnac a cédé aux sirènes de la mode en lançant il y a quelques semaines son « Jukebox », une offre de streaming audio par abonnement.

Lire la suite

Cover Facebook de Deezer, tous droits réservés

Deezer et ses utilisateurs fantômes

Alors que se tient en ce moment à Cannes le MIDEM où les acteurs du marché de la musique enregistrée se retrouvent et devisent, intéressons-nous à Deezer et plus particulièrement au couple qu'il forme avec Facebook en matière de recrutement de membres.

Lire la suite