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Quand l'Afnic fait le jeu des domaineurs

Suite au raté du 9 mars dernier, l'Afnic a libéré 311 noms de domaine courts qui tous ou presque ont été immédiatement déposés par des domaineurs. Explications de ce système.

Logotype de l'Afnic, tous droits réservés

Afin de réserver un nom de domaine .FR, les personnes physiques (vous et moi) ou morales (une entreprise, une association...) doivent passer par un bureau d'enregistrement. Selon la charte de l'Afnic :

[Les] bureaux d’enregistrement [sont] les personnes morales qui, dans le cadre d’un contrat d’enregistrement conclu avec l’Afnic, fournissent des services d’enregistrement de nom de domaine.

Que s'est-il passé le 9 mars dernier ?

La société SCI T Colombet gérée par M. Tristan Colombet a procédé par erreur au dépôt de 311 noms de domaine entre 11h30 et 11h59, c'est-à-dire juste avant le basculement tarifaire de noms de domaine .FR de deux caractères.

La SCI T Colombet s'est appuyée sur son réseau de bureaux d'enregistrement, tous reliés à la même société et dont l'objectif était de déposer le plus grand nombre de .FR de deux caractères dans les secondes suivants le changement tarifaire effectué par l'Afnic.

Hélas pour 4x, site de vente de noms de domaine .FR, l'ordre de dépôt aura été exécuté bien trop tôt. L'Afnic a donc décidé le 10 mars, le lendemain, de libérer ces 311 noms de domaine tout en interdisant à 4x de participer à ces nouveaux dépôts. La nouvelle date de libération était fixée au 11 mars à 15h.

Une libération qui n'en a que le nom

Ce mercredi 11 mars à 15h, ces 311 noms de domaine qui ont fait l'objet d'un listing particulier ont donc été « libérés ».

Whois Gandi du nom de domaine gv.fr

Cette libération de noms de domaine était gérée selon la règle du « premier arrivé - premier servi ». En clair, plus votre demande de dépôt était effectuée rapidement et plus vous aviez de chance d'obtenir un de ces noms de domaine.

Or, trois minutes plus tard, ils étaient tous réservés.

Le processus de réservation d'un nom de domaine chez OVH, le plus gros bureau d'enregistrement des .FR, prend au minimum deux à trois minutes, le temps de passer par une série d'écrans d'options, de mentions légales, d'identification, de paiement en ligne, etc.

Mais lorsqu'on procède à l'étude détaillée[1] des bureaux d'enregistrement qui ont avec succès réservés un de ces 311 noms de domaine, on ne trouve pratiquement pas trace d'OVH, de 1&1 ou encore de Gandi, trois des plus populaires bureaux accrédités par l'Afnic.

Qui a profité de cette libération ?

On peut légitimement s'étonner de ne voir pratiquement aucun grand registrar dans la liste des bureaux ayant avec succès réservé un de ces précieux noms de domaine.

La liste des bureaux est pourtant assez longue, si l'on s'en réfère aux données publiques révélées par le whois de chaque nom de domaine.

On compte ainsi pas moins de 41 bureaux d'enregistrement, certains connus (Namebay, Mailclub, Orange) d'autres plus farfelus dans leur dénomination : AD, AE, E, G...

Répartition des dépôts de .FR par bureaux d'enregistrement

Voici la liste des bureaux d'enregistrement ayant réussi un dépôt ou plus parmi les 311 noms disponibles :

AD, AE, AFIR, ALCOTECH, ASTURIA, BZH 5 LIMITED, CYBER TAILLEFER, CYBERGESTION, DAUPHINE CONNECTE, DELTA PHI, DIGITALPES, DOMAINOO, E, ECOMMERCE SARL, EUROPE BUREAU, EXCEPTIONNEL, FB SARL, FB Sàrl, G, GRANSY s.r.o., IN MEDIA VERITAS, INTERNET SARL, KEY-SYSTEMS GmbH, MAILCLUB, MONAROBASE, NAMEBAY, NETIM, NETKREA, NEXTHAL, NORDNET, ONE 2 NET, OR, ORANGE, OVH, OXONE TECHNOLOGIES, P, PLANETHOSTER, PLANET-WORK, PROGRAMMEURS REUNIS, SONEXO B.V, TV

On constate immédiatement que 13 bureaux sur les 41 ont déposés 10 noms de domaine ou plus, avec un record de de 22 noms sur 311 pour EUROPE BUREAU soit 7% de la totalité des noms disponibles à 15 heures.

Avec 208 noms de domaine .FR de deux caractères déposés, ces 13 bureaux ont raflé près de 67% de la totalité des noms ainsi remis en vente.

Données d'un bureau d'enregistrement sur le site de l'Afnic

Étrangement, Gandi ou 1&1 sont absents du tableau tandis qu'OVH n'aura déposé que 4 noms de domaine, Nordnet 4 aussi ou Orange un seul petit nom.

En étudiant l'identité des déposants, c'est-à-dire le la personne physique ou morale qui a réellement effectué le dépôt à travers l'un de ces 41 bureaux, l'ampleur de ce détournement se précise.

Ainsi, derrière des dénominations cabalistiques comme P, OR, DIGITALPES, NETKREA... se cachent en réalité souvent la même société et quasi-systématiquement les mêmes individus.

Rapportés non plus par bureau d'enregistrement mais par propriétaire, lorsque celui-ci est connu, le graphique prend alors une toute autre forme.

Répartition des dépôts de .FR par déposants

En voici les données brutes :

BZH 5 Ltd. ... 6
CEPP S.A. ... 2
Cybergestion Tel Erotique Tchat ... 2
DOX.FR SAS ... 3
Naël Berbery (Exceptionnel.fr) ... 41
Faciès communication visuelle ... 1 
Force Business (FB) SARL ... 152
FLUYD SAS ... 8
Inconnu ... 24
Jan Horak ... 4
KIFCORP SAS ... 36
Lyvans B ... 1
Monarobase SARL ... 3
NetTalk ... 17
POLE EMPLOI ... 1
Profession libérale ... 1
RACHAT DE SUCCESSION COM SAS ... 1
Saint-Gobain Distribution Bâtiment SAS ... 1
SDM SAS ... 1
THOM EUROPE (Histoire d'Or) ... 1
TRANSPORTS ALAINE SAS ... 1

On retrouve ainsi très souvent Mehdi Ghaoui (secondé de Pierre Achache), notamment via la société Force Business précédemment dénommée TOP 5 DOMAINER, ou encore Régis Gaillard du site KifDom.com dont l'objet est la revente de noms expirés, ce qui donne une indication de la finalité des dépôts effectués : spéculer sur le prix de revente de ces noms rares.

Naël Berbery a quant à lui plusieurs sociétés/bureaux à son actif : Dotlia, TV, AD, etc. qui lui ont permis de mettre la main sur 41 noms pour ce seul domaineur.

Enfin, on notera que FB SARL et KIFCORP SAS sont toutes deux basées à Grenoble.

Des règles de gestion à revoir

Le résultat de cette libération était donc joué d'avance : si comme moi vous espériez déposer un nom de domaine, il fallait pour cela multiplier les bureaux d'enregistrement comme l'ont fait ces acteurs du second marché.

La méthode est simple : il suffit de débourser 500 € HT par an auprès de l'Afnic (voire 1450 € HT afin de bénéficier d'une remise supplémentaire sur chaque opération) et vous avez votre bureau, le dossier technique et ses obligations étant très facilement répliqué.

Celui-ci ne sera contrôlé que tous les deux ans et manifestement, l'Afnic ne semble pas très regardante au vu de ce que j'ai pu trouver dans mes recherches : aucun de ces bureaux n'a réellement pignon sur rue, ils partagent souvent la même adresse ou ne disposent pas de moyens de contact ni même de site Web[2].

Barème de facturation applicable au .fr

En multipliant les bureaux, vous augmentez vos chances de déposer un nom de domaine libéré, soit dans le cadre d'évènements exceptionnels comme cette ouverture aux domaines d'1&2 caractères en .fr (vente qui doit venir alimenter une caisse de l'Afnic), soit lors de l'expiration d'un nom de domaine grâce aux techniques de « sniping » [3].

Vous programmez vos propres robots qui attaqueront chacun une liste de noms de domaine à une heure et une date donnée en interrogeant directement l'Afnic. Votre ordre a alors toutes les chances de passer devant ceux des principaux bureaux ouverts au grand public.

Impossible alors de battre un robot qui place ses ordres à peine quelques secondes après la libération d'un nom de domaine quant il vous faut plusieurs dizaines voire plusieurs minutes pour boucler le votre.

Contrairement à ce que prétend l'Afnic, ces méthodes constituent bien une entrave à l'équitable accès de tous à ces noms de domaine : à aucun moment il n'a été fait mention de la nécessité de créer plusieurs bureaux accrédités et débourser un minimum de 500 € HT afin d'espérer pouvoir déposer un de ces noms rares.

L'organisation de cette libération de noms et la gestion de l'accréditation de bureaux sont donc directement en cause. Il m'apparait indispensable que le registre entreprenne la révision de ses méthodes et renforce ses contrôles.

Le second marché du nom de domaine a ainsi raflé la quasi-totalité de ces quelques 311 noms (sans parler de ce qui s'est passé lundi 9 mars) et pourra sans doute espérer les revendre entre 150 et 5000 euros pièce.

Enfin et pour finir sur une note légère, mentionnons le « coup de com' » de la société In Media Vertas à travers le dépôt du nom de domaine FN.FR. ;-)

Notes

[1] Toutes les données présentées dans ce billet sont publiques, extraites du site de l'Afnic, du Registre du commerce et des sociétés, etc. Les noms cités sont ceux des représentants légaux des sociétés ou bureaux d'enregistrements listés .

[2] Les exigences de l'Afnic sont extrêmement réduites en matière de coordonnées et méthodes de contact d'un bureau accrédité. De même, il faut bien comprendre qu'une société peut devenir son propre bureau d'enregistrement et ne réponde qu'à des besoins internes.

[3] L'Afnic a annoncé début mars qu'elle autoriserait enfin à partir du 30 mars le dépôt des extensions dont elle a la gestion (.FR, .RE, .YT, .WF, .TF et .PM) sur plus d'une année (jusqu'à 10 ans), limitant ainsi la capacité de nuisance de certains domaineurs en matière de domain sniping. Source : Gandi au 13.03.2015.

Guillaume

Auteur : Guillaume

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Commentaires (3) | Ajouter un commentaire

Afnique Afnique ·  01 avril 2015, 19h03

J'ai déposé tv.fr, go.fr, hh.fr, ca.fr, sm.fr, ck.fr, cb.fr, cd.fr, ip.fr, lv.fr, bd.fr, jo.fr pendant la période de sunrise parce que j'ai des droits sur toutes ces marques.

afnic-blind afnic-blind ·  02 avril 2015, 10h02

comme le mentionne cette référence : http://www.verif.com/societe/TV-794... la SA TV a été créée en 2013. Or, il est clairement écrit dans les règles de dépôt des 2 lettres en période de SUNRISE, que la marque doit avoir été créée AVANT Juillet 2012.
Comme il est écrit dans l'article, l'AFNIC n'est effectivement pas très regardante...

Jules Jules ·  03 avril 2015, 19h51

C'est peut être pas cette société qui a été utilisée...

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