Premier MusicNet.Work : un bilan mitigé

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Une très bonne initiative que ces réunions moins formelles à l'écart des grands événements comme le Midem et qui devraient permettre plus d'échanges et de dialogue. C'est ce que j'espérai, tout au moins.

Le thème de ce premier MusicNet.Wrork était : Le MP3 est mort, vive l’URL ? En d'autres mots, le téléchargement est-il devenu obsolète face au streaming et la dématérialisation complète de la musique.

Les intervenants

Le panel des intervenants était relativement bien équilibré avec major, label, artiste (Gotan Project), start-ups, journaliste. Toutes ces personnes étant bien entendu aussi consommatrices de musique ;-)

J'ai essentiellement retenu les interventions de Yvan Boudillet, d'EMI France (au digital business development) qui a parlé de la longue traîne, du manque de données sur les habitudes de consommation de leurs clients et de la nécessité de bâtir un relationnel plus fort. Pas un mot sur les exclusivités comme celle accordée à iTunes pour les Beatles, sur les fameuses avances à 6 chiffres demandées par les majors, la pauvreté relative du catalogue numérique alors qu'on espère bénéficier des effets bénéfiques de la longue traîne.

Gilles Babinet a beaucoup parlé de MXP4, sa société, et du social gaming qui est le nouveau cheval de bataille de cette start-up qui n'a pas réussi à imposer son nouveau format musical, justement à mi-chemin entre le MP3 et l'URL, pour reprendre l'objet de ce débat. Curieux de ne pas en avoir profité pour expliquer ce qui a fait échouer cette très bonne initiative, qui toujours selon Gilles, est la solution au problème actuel (donner de la valeur au numérique).

Laurent Bizot (No Format) qui n'a malheureusement pris la parole qu'une seule fois, représentait les « petits » labels, c'est-à-dire après les artistes ceux qui souffrent le plus de la crise du disque. Beaucoup d'émotion dans son témoignage. On a entendu le fameux leitmotiv du nombre de streams nécessaires sur Deezer pour financer un album (222 millions pour la petite histoire), ce qui n'a même pas fait réagir Annina Svensson de Spotify France assise en face de Laurent, mais qui a bien fait bruisser Twitter. Pas vraiment de débat contradictoire, donc.

Citons ensuite Franz Tournadour de Playlive que j'ai découvert grâce à cet événement, et qui a notamment travaillée avec Gotan Project, groupe représenté hier soir par Philippe Cohen Solal avec la double casquette de producteur et d'artiste, Romain Becker de Believe et Antoine El Iman de Noomiz.

Un débat plutôt consensuel

Le débat a vite tourné court, sachant que tous étaient plus ou moins d'accord sur le fait que l'URL était plus intéressante que le MP3 : capacité à tracer les écoutes (on a aussi bien évoqué le CRM, le marketing que les suggestions faites à l'auditeur), que la qualité - critère essentiel - qui peut être atteinte en streaming grâce aux débits actuels, que les méta-données (ici un faux ami en ce qui concerne la musique à mon sens) pouvaient être très riches en ligne vs le fichier, « perdu sur un disque dur » (sic).

A noter que Philippe Cohen Solal qui n'aime pas le MP3 (décidément !) est resté très attaché au vynil et a défini le CD Audio plus comme un produit qu'un objet musical. On aurait justement aimé que l'on parle plus d'objet musical, dématérialisé ou pas.

On s'est beaucoup focalisé sur ce que rapporte le streaming aux artistes et labels sans obtenir de réponse claire (aucune info sur le chiffre d'affaires de Spotify, on sait juste qu'au niveau mondial 45 millions d'euros ont été reversés aux labels en 2010). Pour Spotify, le véritable enjeu est notamment la taille du catalogue, ce qui donne plus de sens encore à mon dernier billet sur la guerre des chiffres.

Hadopi n'a pas été évoquée un seul instant, malgré la présence d'EMI. On aurait aimé avoir l'avis de la major sur ce sujet. Et bien sûr il a de nouveau été question de taxer les FAI. L'arlésienne de la musique !

Pas assez de questions-réponses

Après une heure trente de prises de parole successives d'environ 5 minutes par intervenants, qui ont globalement fait la promotion de leurs services, une petite session de questions-réponses a permis de relever le débat en toute fin de soirée : attaque sur l'approche purement marketing du débat, reproche sur l'absence totale de l'artiste et de la musique dans les discussions, avec une question simple : « sans artiste, qui fera la musique ? », la gestion des droits collectifs qui pourrait rétribuer tous les artistes, la musique comme simple produit d'appel pour d'autres services, etc.

Aucune réponse intéressante ne sera donnée, pas même par Gilles Babinet directement attaqué par une personne dans le public. Gilles avait fait une sorte de seppuku ;-) en « avouant » avoir bien profité de la vente de sonneries au début des années 2000. On peut saluer son franc-parlé mais était-ce le lieu idéal pour cet exercice ?

Gilles, encore, a lâché une petite bombe en révélant que l'accord entre Spotify et SFR serait signé, plongeant alors dans l'embarra une Anna Svensson qui manquait un peu de répondant.

Vers un second rendez-vous

Le prochain opus de MusicNet.Wrork pourrait se tenir fin mars-début avril (souhaitons-le car malgré les critiques, c'est une excellente initiative qu'il faut soutenir). Souhaitons que les organisateurs fassent des efforts sur :

  • le débat : que les échanges soient plus poussés entre les intervenants, quitte à se couper la parole,
  • qu'il y ait plus de débats contradictoires car l'industrie du disque et de la musique numérique en a besoin,
  • qu'une plus grande place soit accordée aux questions-réponses, de nombreux journalistes ou blogueurs avaient fait le déplacement et on posé de bonnes questions restées sans réponse,
  • une interaction entre les tweets (#MNW1) et les intervenants (réponse aux questions, réactions, etc.) serait intéressante ;
  • une salle plus grande ou plus de chaises, j'ai encore mal au dos ;-)

Bravo aux organisateurs et sponsors de la soirée et à la prochaine édition !

Guillaume

Author: Guillaume

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